l'enquête s'attend à un nouveau bain de sang. Les voyous qui s'écharpent n'ont apparemment aucun lien avec la pègre italo-grenobloise des origines qui se disputait le contrôle de la prostitution et des jeux, recyclant le fruit de ses rackets dans des pizzerias et des bars du centre-ville. Ceux qui se battent aujourd'hui ne fréquentent pas, comme leurs grands aînés, la tribune officielle des stades. Ils n'épousent pas leurs avocates, n'investissent pas dans l'immobilier.
« Âgés de 20 ans pour la plupart, ils n'obéissent à aucune hiérarchie, aucun code, et ne connaissent aucune limite », s'inquiète un officier des stups. Il s'agit de petits caïds des cités grenobloises : celles des communes de Fontaine notamment et de La Villeneuve, bâties à la hâte à la grande époque des Jeux olympiques d'hiver de 1968.
"Ces gens se connaissent, il y a un lien entre eux", a expliqUn proche de l'une des victimes du règlement de comptes qui a fait trois morts, le 24 février dernier, à Sassenage (Isère), dans la banlieue grenobloise, recrute actuellement pour laver l'honneur de son clan. Depuis quelques semaines, une folie meurtrière s'est emparée du milieu local de la drogue, avec déjà quatre morts et deux blessés graves. Les familles des trafiquants se murent dans le silence, craignant pour leurs enfants, les frères ruminent leur vengeance.
Et la PJ chargée de ué le procureur de la République.
"Nous avons affaire à deux groupes qui trafiquent de la drogue et qui ont voulu déborder de leur quartier. Puis, il y a aussi un phénomène de vengeance, qui entraîne une autre vengeance", a ajouté le procureur.
"De loin cela ressemble à une guerre entre un gang de la Villeneuve, et le gang de la commune voisine de Fontaine (Isère), mais c'est plus compliqué que cela, car il y a des Grenoblois et des Fontainois dans chaque groupe", a indiqué un policier sous le couvert de l'anonymat.
Ces jeunes sont soupçonnés d'animer le marché local du cannabis. Armés parfois de fusils d'assaut pour mener leurs raids, ils circulent ces temps-ci en ville protégés de gilet pare-balles, la peur au ventre, mais déterminés. L'un d'eux avait commencé sa carrière de tueur présumé à 19 ans.
Faux policiers et kalachnikovs
« La guerre peut durer aussi longtemps qu'il y aura des combattants », pronostique Daniel Chomette, le secrétaire départemental de l'Unsa-police. Ils seraient, selon ses collègues, au moins une dizaine capables d'appuyer sur la détente. « Un camp peut aussi demander aux beaux mecs de Corse ou de la Côte d'Azur d'intervenir, à moins que les parrains du Sud-Est ne s'autosaississent », lâche le major Chomette. En mai 2004 puis à l'été 2006, d'étranges visiteurs à l'accent corse armés de 11,43 avaient déjà fait parler la poudre à Grenoble. Étaient-ils venus asseoir leur influence sur le milieu local ou exécuter un contrat pour son compte ?
La police qualifie, en tout cas, le triple assassinat du 24 février à Sassenage de « travail de pro ». Ce jour-là, en réplique à une fusillade à la kalachnikov treize jours plus tôt à Fontaine, les tueurs n'ont pas hésité à se faire passer pour des policiers.
L'origine de ces règlements de compte remonte au meurtre le 13 janvier 2003 par un tireur circulant en motocyclette à Fontaine de Lasaad Lamiri, 27 ans. Trafiquant notoire, il aurait été considéré comme une menace pour les affaires du gang de Fontaine.
Cinq personnes avaient été arrêtées dans cette affaire à la suite de la dénonciation d'un ancien gérant du snack "L'Opéra", Amor Kaak.
En janvier 2007, le gérant avait témoigné contre ces personnes, qui avaient été toutes innocentées faute de preuve.
Depuis M. Kaak se cache, ce dernier affirmant être menacé de mort et demande des dommages et intérêts à l'Etat.
Le 11 février 2007 à Fontaine, une commando blesse au fusil mitrailleur Ahmed Belabbes et Charles Aprile et tue Sabil Dibbih, 23 ans, ce dernier étant probablement une victime collatérale.
Le 24 février 2007, dans la banlieue grenobloise, à Sassenage, Azzouz Attalah, 22 ans, Houssan Nigri, 22 ans et Medhi M'Sallaoui, 22 ans, originaires de Fontaine (Isère), sont poursuivi par une Citroën Xsara grise, un gyrophare sur le toit, ils ont d'abord percuté la R 21 de leurs victimes avant de les abattre un à un à la chevrotine. Les traces du choc sont encore visibles sur le poteau d'entrée du garage où la Renault s'est encastrée. Autour, quelques bouquets de roses laissés par les familles endeuillées.
Medhi M'Ssalaoui, 22 ans, la cible principale de cette expédition, venait de sortir de prison, « blanchi » pour le meurtre d'un dealer commis le 13 jamvier 2003.
Le 28 Avril 2007, attiré sur une route de montagne à Champagnier (Isère), Ali Kadraoui, 38 ans, est abattu. Son ami Oualid Mokrane, 31 ans, est grièvement blessé. Leur chauffeur, suspecté d'être de mèche avec les tireurs, est interpellé.
Le 28 juillet 2007 à Eybens, dans la banlieue grenobloise, deux hommes à la recherche de Christophe Morival abattent d'une balle en pleine tête Bilel Boualita, un Grenoblois de 22 ans victime sans doute d'une erreur de la part du commando.
Le 31 octobre 2007, alors qu'ils sont assis sur un muret de brique de la place des Géants dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, Christophe Morival, 35 ans (bien connu des services de police pour des histoires de drogue et considéré comme un des chefs du gang de la Villeneuve) et son neveu Frédéric Morival, 30 ans, sont abattus par un commando de trois hommes habillés de noir et cagoulés avec des blousons portant le sigle "Police". Deux autres personnes sont grièvement blessées, Mauricio Torres, 27 ans, et Stéphane Morival, 32 ans. Une cinquième personne est plus légèrement blessée.
"J'ai vu les tireurs de mon balcon, ils étaient trois, petits, pas très costauds, habillés de noir avec des cagoules, ils ont tiré lentement, et puis sont repartis en courant", a expliqué un habitant. Les trois hommes étaient armés de plusieurs gros calibres, dont au moins un pistolet automatique et un fusil de calibre 12.
"Ça devient Chicago ici, maintenant, j'interdis à mes enfants de jouer dehors", a déploré un autre habitant.
Dans ces quartiers en crise, le marché des stups suscite d'énormes appétits. Selon le sociologue grenoblois Sébastien Roché, « la consommation de cannabis a augmenté de 30 % en deux ans ». Il en faut aujourd'hui près de 10 tonnes par an pour alimenter la région, avec ses 300 000 habitants et ses 60 000 étudiants du campus universitaire. « Pour les trafiquants, le gâteau à se partager est de 40 000 euros par jour ! », constate, effaré, un commandant de police. Les saisies de cocaïne augmentent également. Parallèlement, le crime pur et dur progresse en Isère : vols avec armes à feux (+ 38 %) en 2006, menaces et chantages (+ 17 %), ports d'armes à feu prohibées (+ 50 %), séquestrations (+ 137 %).
« Tout cela peut paraître éloigné des frasques de la pègre d'antan, mais qui sait si la culture de vendetta des Italo-Grenoblois n'a pas influencé certains jeunes issus d'une autre immigration ? », se demande un commissaire de police. Depuis 1975, à Grenoble, 45 personnes ont trépassé dans la guerre du milieu, 13 ont été la cible de tentatives de meurtre et 6 ont disparu, « probablement dissoutes dans l'acide ou lestées au fond d'un lac », suppose un homme de la PJ. Aucune autre ville de province, en dehors de Marseille et de sa région, n'a connu une telle violence. Et la police s'active pour empêcher un nouveau carnage.
Source internet et presse